Un peu d’histoire

"Les différentes techniques de massage bien-être non médicales sont dérivées du massage suédois dit Méthode Ling du nom du médecin gymnaste suédois qui en a synthétisé la pratique à la fin du XIXe siècle. Ce massage suédois était un massage à but essentiellement musculaire qui servit de base au massage sportif dont la pratique se répandit entre les deux guerres dans les gymnases avec l'essor du sport sous toutes ses formes. Les mouvements de base utilisés dans le massage bien-être sont identiques, même s'ils sont pratiqués dans un esprit différent et selon des enchaînements originaux. Jusqu'en 1943, date de la création de l'ordre des kinésithérapeutes par le régime de Vichy, la pratique du massage fut libre: il était autant envisagé comme une technique d'hygiène que comme un soin paramédical.

Que ce soit dans les civilisations orientales ou occidentales, la pratique du massage remonte à l'antiquité. Le massage est le prolongement naturel du geste qui nous fait instinctivement porter la main à l'endroit qui nous fait mal. Chacun d'entre nous a pu expérimenter sans connaissance préalable qu'une pression forte anesthésie la douleur et qu'une friction vigoureuse produit un afflux sanguin et un échauffement bienfaisant. Les Grecs et les Perses dans l'antiquité pratiquaient le massage et Hippocrate, l'auteur du serment prononcé par les médecins, décrit dans son traité de nombreuses méthodes d'intervention manuelle. Les Égyptiens dont le savoir médical était étonnant -ils pratiquaient même des trépanations du cerveau- nous ont laissé de nombreuses recettes d'onguents et d'huiles de massage pour soulager les douleurs. En orient, la tradition du massage s'est prolongée jusqu'à nos jours en particulier en Inde ou l'on trouve encore des masseurs ambulants dans les parcs publics et au Japon ou les techniques se transmettent toujours au sein des familles de génération en génération.

Le monopole du massage accordé aux kinésithérapeutes qui ne peuvent pratiquer que sur ordonnance médicale ainsi que l'orientation de plus en plus mécaniste des études de kinésithérapie conçues surtout en vue de la rééducation, ont abouti à une dé progressive du massage. Dans les pays occidentaux, seuls les rebouteux et les magnétiseurs ont continué à soigner par le toucher. La pratique du massage s'est plus maintenue dans  les pays nordiques et germaniques moins influencés par la religion judéo-chrétienne. La chiropractie et l'ostéopathie qui agissent manuellement sur le squelette furent inventées dans les pays anglo-saxons plus ouverts aux innovations lorsqu'elles s'avèrent pratiques et efficaces. Sous la forme du massage californien le massage bien-être est apparu aux États-Unis dans les années 1960 pour parvenir en France vers 1970. On y retrouve:

  • L'influence de la danse moderne qui, en se détachant du côté technique et systématique de la danse classique, mis l'accent sur le ressenti et l'expression personnelle. C'est une nouvelle idée du corps qui n'est plus simplement vécu comme une machine à entraîner. D'anciens danseurs comme Charlotte Silver à New-York commencèrent à enseigner le massage sous forme d'un enchaînement destiné à améliorer le ressenti corporel.
  • L’influence du courant dit de la psychologie humaniste qui réintroduit le corps dans les techniques d'épanouissement personnel et de psychothérapie en contrepoint des approches verbales et analytiques. Le massage s'inscrit dans ce qu'on appelle alors les techniques d'éveil sensoriel (Sensory Awareness). Celles-ci ont pour but de réveiller le plaisir d'être dans son corps et d'équilibrer la préoccupation mentale dominante par des exercices de prise de conscience corporelle. Bernard Gunther enseignant à Esalen, célèbre centre en Californie qui sera le point de départ de toutes ces techniques, en sera l'un des principaux initiateurs.

En France, les années 1970 se caractérisent par l'introduction auprès du grand public de ces nouvelles approches psychothérapeutiques d'origine américaine en même temps que se développent des techniques corporelles qui vont remettre en question la gymnastique traditionnelle et la kinésithérapie classique. Thérèse Bertherat écrit son livre, Le corps a ses raisons, dont le succès fera connaître la méthode Mézières. Le yoga prend un formidable essor, l'osteopathie et l'acupuncture trouvent de plus en plus d'écho avec la propagation des médecines naturelles. En réaction à la crise sociale des années 1968-1972, nombreux sont ceux qui s'orientent vers une remise en question plus personnelle au travers des nouvelles techniques de psychothérapie: psychodrame, bioénergie, gestalt, etc. Le massage y est utilisé comme d'autres exercices corporels dans un but essentiellement psychologique et sous des appellations diverses. Pour répondre à une demande de plus en plus grande de détente, le massage se développe ensuite sous différentes formes dans le milieu de l'esthétique et des techniques corporelles (yoga, tai chi chuan, Qi gong)."

 

Cette page sur l'histoire du massage est extraite du livre de Jean-Louis Abrassart “Les bon gestes du massages”.